Les écoles traditionnelles en Annam, avant la réforme imposée par le système éducatif colonial français, suivaient un modèle fortement inspiré du système éducatif chinois, avec un accent sur les études classiques et littéraires. Ce système avait pour objectif principal de former des lettrés capables de réussir les concours impériaux pour entrer dans l’administration.
Matières dispensées :
Les matières enseignées dans les écoles traditionnelles étaient principalement centrées sur la culture et les classiques chinois, ce qui comprenait :
- Étude des caractères chinois : Les élèves apprenaient à lire, écrire et interpréter les caractères chinois, qui étaient la langue écrite officielle de l’administration et de la littérature.
- Littérature chinoise classique : L’étude des œuvres littéraires et philosophiques de Confucius et d’autres penseurs chinois était au cœur du programme. Les étudiants devaient mémoriser et commenter des textes classiques comme les Cinq Classiques et les Quatre Livres de Confucianisme.
- Morale confucéenne : Les préceptes moraux tirés de la philosophie confucéenne étaient un volet important de l’enseignement. Cela comprenait des notions de piété filiale, de droiture, et d’harmonie sociale.
- Poésie et rhétorique : Les élèves étaient formés à la composition poétique et à l’art de la rhétorique, qui étaient des compétences cruciales dans les concours de lettrés.
Niveaux d’étude :
Le système traditionnel comportait plusieurs niveaux d’études, souvent non formalisés mais structurés autour de la progression dans la maîtrise des textes classiques. Les étapes d’apprentissage étaient organisées autour de la préparation aux concours, avec des niveaux de plus en plus élevés.
- Études élémentaires (Tiểu học) : Les enfants apprenaient à lire et à écrire les caractères chinois et à mémoriser les textes confucéens.
- Études secondaires (Trung học) : À ce stade, les élèves approfondissaient leur compréhension des classiques confucéens, développaient des compétences en rédaction et commençaient à pratiquer la composition littéraire et poétique.
- Études avancées (Đại học) : Les élèves les plus avancés se préparaient aux concours mandarinaux avec un haut niveau de maîtrise des classiques, de la composition poétique, et des discours littéraires et politiques.
Disciplines enseignées
- Morale et philosophie : Basée sur les principes confucéens, elle orientait la vie personnelle et sociale des élèves.
- Littérature et poésie classique : Les élèves apprenaient à analyser et à écrire des poèmes ainsi qu’à rédiger des essais philosophiques ou politiques.
- Calligraphie : La calligraphie était à la fois un art et une discipline d’importance majeure dans la culture éducative traditionnelle.
- Histoire et géographie chinoises : Elles étaient également enseignées, mais dans une perspective centrée sur les dynasties chinoises et les principes impériaux.
Examens décernés
Le système d’examens traditionnels, inspiré du modèle chinois, comportait plusieurs niveaux. Les examens étaient extrêmement compétitifs et difficiles, permettant aux meilleurs candidats d’accéder à des postes dans l’administration impériale.
- Thi Hương (concours régional) : Ce concours avait lieu au niveau provincial et servait de première étape pour obtenir un rang dans la bureaucratie. Les candidats qui réussissaient obtenaient le titre de Cử nhân (bachelier).
- Thi Hội (concours national) : Seuls les candidats ayant réussi le Thi Hương pouvaient participer à cet examen national, souvent organisé dans la capitale. Ceux qui réussissaient obtenaient le titre de Tiến sĩ (docteur).
- Thi Đình (concours impérial) : Il s’agissait de l’épreuve finale, organisée à la cour impériale. Les meilleurs candidats étaient récompensés par des titres prestigieux, tels que Trạng nguyên (major de promotion), et pouvaient accéder aux plus hauts postes administratifs.
Débouchés des diplômes :
- Fonctions administratives : Les diplômés des concours pouvaient entrer dans la bureaucratie impériale. Selon le niveau du concours, ils accédaient à différents grades du mandarinat. Le Cử nhân (bachelier) pouvait obtenir des postes subalternes dans l’administration locale, tandis que les Tiến sĩ (docteurs) pouvaient accéder à des postes plus élevés dans l’administration provinciale ou centrale.
- Enseignement** : Les diplômés pouvaient également devenir enseignants dans les écoles traditionnelles, formant la prochaine génération de lettrés.
- Positions honorifiques : Certains titulaires de diplômes obtenaient des rôles de prestige au sein de la société, même s’ils n’occupaient pas nécessairement des postes dans l’administration.
En résumé, les écoles traditionnelles en Annam formaient des élèves aux classiques chinois et à la morale confucéenne, avec pour objectif ultime de réussir les concours impériaux pour accéder à des postes dans l’administration. Les diplômes offraient principalement des débouchés dans le mandarinat ou l’enseignement, assurant un statut social élevé.

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